| | Source
: Bulletin de l'Académie Nationale de Médecine, 2003, 187, n°4
: 647-670, scéance du 1er avril 2003
Résumé
L'importance de la pathologie médicamenteuse comme cause d'hospitalisation
est un problème majeur de Santé Publique. Notre étude
a consisté à recueillir systématiquement toutes les observations
d'effets indésirables médicamenteux pendant deux semaines (la première
en juin 99 et la seconde en décembre 99) dans 10 Services d'Accueil et
d'Urgences (SAU) de 10 Centres Hospitaliers : 5 Centres Hospitaliers Universitaires
(CHU) et 5 Centres Hospitaliers non universitaires (CH). Sur un total de 1937
patients admis aux 10 SAU pendant ces deux périodes, nous avons retenu
les 1 562 patients ayant pris au moins 1 médicament au cours de la semaine
précédente. Parmi eux, 328 (21 % ; intervalle de confiance à
95 % : 19 %-23 %) avaient consulté en raison d'un effet indésirable
médicamenteux (EIM). Le sex-ratio était le même dans les deux
groupes, avec et sans EIM (1,04 vs 1,02 ; P = 0,83). Les patients avec EIM
étaient globalement plus âgés que ceux sans ElM (63,5
vs 54,8 ans, P < 0,0001) et avaient un score de gravité plus élevé
(P = 0,019). La proportion de malades traités par au moins 2 médicaments
était plus élevée dans le groupe avec ElM que dans le groupe
sans EIM (90,9 % vs 75,0 % P < 0,001). De même, le nombre moyen de médicaments
consommés était significativement plus élevé chez
les patients avec EIM que chez ceux sans EIM (5,17 vs 3,82; P < 0,0001).
Les symptômes d'ElM les plus fréquemment observés furent digestifs
(n = 53 : 16,2 %), neurologiques (n= 52: 15,9%), cardiovasculaires (n = 49
: 14, 9%) et à type de malaises (n = 49 : 14, 9 %). Au total, 410 médicaments
furent incriminés dans la survenue des 328 EIM. Les psychotropes (n = 84
: 20, 5 %), les diurétiques (n = 48 :11,7%), les anticoagulants (n =38
9,3 %), d'autres médicaments cardiovasculaires (n = 63 :15,4 %), les
antalgiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (n = 57 : 13,9
%) furent les classes médicamenteuses les plus fréquemment
incriminées. Dans 106 cas (37,9%), l'EIM fut considéré comme
évitable en raison d'un mauvais usage du médicament. Introduction
« C'est notre impatience qui gâte tout et la plupart des hommes meurent
de leurs remèdes et non de leurs maladies ». Depuis cette prophétie
malicieuse et excessive de Molière, une méta-analyse d'études
prospectives a évalué à 100 000 environ le nombre annuel
de décès par effet indésirable médicamenteux (EIM)
aux États-Unis chez les malades hospitalisés. D'après une
enquête menée sous l'égide des Centres de Pharmacovigilance
Français, les EIM seraient responsables de 3,19 % (IC 95 % : 2,37-4,01
%) des hospitalisations. C'est dans ce contexte que l'APNET travailIe, depuis
de nombreuses années, à la prévention des EIM évitables.
Notre étude, entreprise en 1998, s'est donnée pour objectif
d'évaluer la fréquence et la gravité des consultations
pour EIM dans les Services d'Accueil et d'Urgences (SAU), mais aussi les caractéristiques
des malades concernés, les familles médicamenteuses incriminées,
enfin l’évitabilité de ces EIM au bénéfice de
recommandations de nature préventive. |