Ouvrages scientifiques

• Polypathologie et médicaments, iatropathologie

• Iatrogénie médicamenteuse


• Effets indésirables médicamenteux observés dans des services d'accueil
et d'urgences français

Polypathologie et médicaments, iatropathologie
 

Source : Corpus de Gériatrie (Société Française de Gériatrie) - Janvier 2000

Extrait : La polypathologie du patient âgé conduit à un excès de prises de médicaments qui explique l'incidence élevée des effets indésirables à l'origine de 5 à 10 % des hospitalisations après 65 ans et plus de 20 %
après 80 ans. La polymédicamentation augmente directement les dépenses pharmaceutiques et indirectement
les échecs thérapeutiques et les pathologies iatrogéniques.
La plupart de ces conséquences sont évitables si l'on identifie au préalable les patients, les situations
et les médicaments à risque. Pour optimiser les prescriptions il faut évaluer le rapport bénéfice - risque, réévaluer
et réactualiser régulièrement les prescriptions au long cours, hiérarchiser les pathologies selon leur évolutivité
et les thérapeutiques selon leur impact symptomatique, étiologique ou préventif. L'indication d'alternatives thérapeutiques non médicamenteuses (soutien psychologique, rééducation, réadaptation, renutrition) doit toujours être envisagée. Une meilleure coordination thérapeutique entre prescripteurs généralistes et spécialistes prenant
en charge un même malade apparaît indispensable.

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Iatrogénie médicamenteuse
 Auteurs : Doucet J. et coll.
 Source : Thérapeutique de la personne âgée - Editions Maloine 1998

Extrait : Définition et enjeu
La pathologie iatrogène est l'ensemble des affections liées à la prescription médicale dans un but thérapeutique
ou diagnostique. En réalité la plupart des études épidémiologiques portent sur les affections iatrogènes dues
aux médicaments. Elles utilisent une définition plus large ou plus restrictive que celle de l'OMS, qui comprend l'ensemble des circonstances au cours desquelles on observe un accident médicamenteux en rapport
avec la prescription médicale quel qu'en soit le mécanisme, y compris les erreurs d'observance.
Fréquente, la iatrogénie gériatrique constitue un véritable enjeu sur les plans médical, social et économique.
Elle accroît la morbidité, la perte d'autonomie, voire la mortalité. Son retentissement économique est important
bien que mal connu.
Toutes les personnes âgées sont exposées aux risques d'effets indésirables médicamenteux, à plus forte raison quand elles prennent plusieurs médicaments (Beers 1989). Le débat actuel porte sur l'identification de groupes
à haut risque d'effets indésirables (Lamy 1990). On ne connaît pas précisément le rôle propre de l'âge par rapport aux autres facteurs intriqués favorisants la iatrogénie chez le sujet âgé : c'est la « relation ambiguë
entre le vieillissement et les effets indésirables » décrite par Gurwitz (Gurwitz 1991). Le vieillissement
ne constitue pas toujours en lui-même un facteur de risque indépendant d'effets indésirables dû
aux seules modifications pharmacologiques. Les sujets âgés consomment plus de médicaments,
ont plus de maladies associées
que les sujets jeunes et il est impossible de comparer des sujets âgés et jeunes de même statut en dehors
de l'âge (Gurwitz 1991). Les résultats concernant les accidents hémorragiques liés à l'augmentation de l'action
de la warfarine sont variables car ils ne considèrent pas les mêmes types d'accidents, ni l'interférence
des maladies et médicaments associés, ni les indications du traitement anti-coagulant (Gurwitz 1991).
Iatrogénie gériatrique n'est pas toujours synonyme d'erreur médicale car certains accidents médicamenteux
sont imprévisibles ou indissociables de l'action thérapeutique recherchée. Toutefois l'absence de diagnostic
d'un effet indésirable médicamenteux peut conduire à une prescription médicamenteuse supplémentaire pouvant
elle-même entraîner un effet indésirable, véritable « auto-aggravation de la iatrogénie ».
Citons par exemple l'enchaînement : anticoagulant - hémorragie digestive - anémie - confusion – neuroleptique - chute... (Rochon 1995). Seize pour cent des syndromes démentiels sont d'origine iatrogène et peuvent conduire de façon erronée à la prescription de psychotropes eux-mêmes générateurs d'effets indésirables (Gurwitz 1991).
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Effet indésirables médicamenteux observés dans des services d'accueil
et d'urgences français. (Etude prospective de l'APNET et propositions
pour des mesures préventives)
 Auteurs : Queneau P. et coll. et l'APNET (Association Pédagogique Nationale pour l'Enseignement
de la Thérapeutique)
 

Source : Bulletin de l'Académie Nationale de Médecine, 2003, 187, n°4 : 647-670, scéance du 1er avril 2003


Résumé
L'importance de la pathologie médicamenteuse comme cause d'hospitalisation est un problème majeur
de Santé Publique. Notre étude a consisté à recueillir systématiquement toutes les observations d'effets indésirables médicamenteux pendant deux semaines (la première en juin 99 et la seconde en décembre 99) dans 10 Services d'Accueil et d'Urgences (SAU) de 10 Centres Hospitaliers : 5 Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) et 5 Centres Hospitaliers non universitaires (CH). Sur un total de 1937 patients admis aux 10 SAU pendant ces deux périodes, nous avons retenu les 1 562 patients ayant pris au moins 1 médicament au cours de la semaine précédente.
Parmi eux, 328 (21 % ; intervalle de confiance à 95 % : 19 %-23 %) avaient consulté en raison d'un effet indésirable médicamenteux (EIM). Le sex-ratio était le même dans les deux groupes, avec et sans
EIM (1,04 vs 1,02 ; P = 0,83). Les patients avec EIM étaient globalement plus âgés que ceux sans ElM
(63,5 vs 54,8 ans, P < 0,0001) et avaient un score de gravité plus élevé (P = 0,019). La proportion
de malades traités par au moins 2 médicaments était plus élevée dans le groupe avec ElM que dans le groupe sans EIM (90,9 % vs 75,0 % P < 0,001). De même, le nombre moyen de médicaments consommés
était significativement plus élevé chez les patients avec EIM que chez ceux sans EIM (5,17 vs 3,82; P < 0,0001).
Les symptômes d'ElM les plus fréquemment observés furent digestifs (n = 53 : 16,2 %), neurologiques
(n= 52: 15,9%), cardiovasculaires (n = 49 : 14, 9%) et à type de malaises (n = 49 : 14, 9 %).
Au total, 410 médicaments furent incriminés dans la survenue des 328 EIM. Les psychotropes (n = 84 : 20, 5 %), les diurétiques (n = 48 :11,7%), les anticoagulants (n =38 9,3 %), d'autres médicaments cardiovasculaires
(n = 63 :15,4 %), les antalgiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (n = 57 : 13,9 %)
furent les classes médicamenteuses les plus fréquemment incriminées. Dans 106 cas (37,9%), l'EIM fut considéré comme évitable en raison d'un mauvais usage du médicament.

Introduction
« C'est notre impatience qui gâte tout et la plupart des hommes meurent de leurs remèdes et non de leurs maladies ». Depuis cette prophétie malicieuse et excessive de Molière, une méta-analyse d'études prospectives a évalué à 100 000 environ le nombre annuel de décès par effet indésirable médicamenteux (EIM) aux États-Unis chez les malades hospitalisés. D'après une enquête menée sous l'égide des Centres de Pharmacovigilance Français, les EIM seraient responsables de 3,19 % (IC 95 % : 2,37-4,01 %) des hospitalisations.
C'est dans ce contexte que l'APNET travailIe, depuis de nombreuses années, à la prévention des EIM évitables.
Notre étude, entreprise en 1998, s'est donnée pour objectif d'évaluer la fréquence et la gravité des consultations
pour EIM dans les Services d'Accueil et d'Urgences (SAU), mais aussi les caractéristiques des malades concernés, les familles médicamenteuses incriminées, enfin l’évitabilité de ces EIM au bénéfice de recommandations de nature préventive.

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